05 octobre 2009

Sang et sève

Je suis un ent.

L’arbre parmi les mille qui composent mon labyrinthe végétal. Le promeneur qui en parcoure les chemins tourmentés.

J’ai le calme et la patience de ces créatures, bien que ce soit autant naturel que forcé. Je ressens le même éloignement vis à vis des canons de la normalité humaine. Une humanité perdue.

J’ai poussé contre les éléments… Mes racines ont manqué de se noyer. Le gel a fait frissonner mes vaisseaux quand la chaleur de mon cœur s’en est allée. Mon tronc est noueux, mes branches torses d’avoir trop lutté contre le vent.

Je suis d’un bois d’essence hivernale, ne connaissant pas — plus — la chaleur.

Pourtant je grandis, lentement, fatalement. Ma cime caresse l’espoir dérisoire de toucher un jour les étoiles.

Les feuilles sont mes réflexions, leur chute les entraîne nourrir la terre, où germent pour fâner les graines de mes projets morts-nés.

De mon passé, il ne reste que des fleurs de souvenirs que butinent mes pensées.

21 août 2009

Regards croisés

Échanges fugaces, de part et d’autre d’un quai de gare… De train à train, l’attente, l’étonnante absence d’imagination dans l’évanescence d’un lien fragile et tremblant, brisé, recréé, rebrisé… La tendre amertume d’une fatalité aux multiples visages, éclairée par son sourire le moins cruel envers mes illusions.

Puis le vide.

13 juin 2009

Ô Temps…

La poussière tend à s’accumuler sur ces pages. C’est que mon plumeau est occupé ailleurs. Voilà en effet un moment que je m’affaire à arracher les toiles d’araignées de mon grenier virtuel où photos, journaux, méls et autres s’entassent sur des supports divers et variés : CD, disques durs, clefs USB… Comme des cartons que l’on remplit à la hâte avant un déménagement et que l’on pose dans un coin en se promettant de s’en occuper plus tard, parce qu’on n’a pas le courage de s’y mettre maintenant mais qu’on tient quand même à ces vieilleries… Le temps et l’ampleur de la tâche se chargent alors d’émousser cet attachement jusqu’à le faire disparaître, et toutes ces choses autrefois précieuses dont on ne se serait débarassé pour rien au monde finissent à la poubelle.

Mais jeter le moindre souvenir du passé est pour moi un crève-cœur, et j’ai suffisament de courage pour m’attaquer à ce travail d’archivage qui ferait passer les douzes travaux d’Hercule pour des paris de cour de récréation. Ainsi donc, quand la vie oublie que j’existe et me laisse un peu tranquille, je trie, range, regarde, relis… Parfois j’esquisse un sourire, parfois je plonge dans des abîmes de mélancolie… Souvent l’envie me prend de renouer le contact, mais souvent il est bien tard…

Mon cœur n’a pas fini de jouer les montagnes russes, étant donnée la masse de documents qu’il me reste à traiter. Mais même lorsque la nostalgie me gagne, un plaisir difficile à identifier demeure. Peut-être la simple satisfaction de mes instincts d’archiviste, peut-être le plaisir de converser en silence avec les fantômes des moments heureux de ma vie.